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Cinnober rouge

Rouge
La couleur rouge est universellement connue en
tant que symbole du principe de vie en raison de sa puissance,
son pouvoir et sa brillance. Mais le rouge, la couleur du sang
et du feu, possède également une double symbolique qui dépend de
sa luminosité.
La couleur claire et franche, qui est brillante et extravertie,
appartient au jour. Elle est fraîche et pousse à l'action en
projetant sa lumière sur le monde, tel un grand et invincible
soleil. Elle attire. C'est celle que j'ai utilisé dans le
tableau inspiré de la fable "Le Tigre et l'Âne chassant
ensemble" :
A la chasse, un Âne et un Tigre
sont de parfaits compagnons :
Le braiment fait un bel Hallali.
Mais on n'a jamais vu un cor de chasse prétendre qu'il a
lui-même abattu le gibier.
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Cinnober |

Tigeren og æslet på
jagt. 146 x114 cm. 2004 |
La couleur foncée et lourde, au contraire, est nocturne, secrète
et plutôt introvertie. Elle est le symbole du mystère de la vie.
Elle avertit, retient. C'est la couleur de l'interdit, celle de
l'ancienne lampe rouge des maisons closes. C'est celle que
j'utilise dans le tableau "Les compagnons d'Ulysse", inspirée de
la version de Jean de la Fontaine, où la sorcière Circé
transforme par sa potion les amis d'Ulysse en toutes sortes
d'animaux :
Les compagnons d'Ulysse sont
transformés en bêtes.
Par ruse, Ulysse obtient pour eux la transformation inverse.
Mais qui a dit qu'il vaut mieux être un homme qu'animal ?
Certainement pas les compagnons d'Ulysse.
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Cinnober. |

Les compagnons d’Ulysse
sont transformés en bêtes. 146
x114 cm. 2004 |
Il m'a toujours semblé manquer quelque chose aux couleurs rouges
qu'on achète de nos jours. Lorsqu'on regarde la lumière à
travers un verre de vin rouge, un nombre infini de nuances
apparaissent, depuis les ombres les plus foncées, jusqu'aux tons
les plus lumineux, qui vous sautent au visage avec l'énergie
d'un turboréacteur.
Comment obtenir une couleur rouge profonde, qui ne soit pas un
simple cadmium foncé, un carmin aux tons roses ou un rouge
cinabre imité, mais qui soit à la fois logique au niveau
pictural et contienne en plus cette dualité que n'ont pas les
couleurs industrielles que l'on voit partout ?
C'est ici qu'intervient le cinabre naturel rouge. On trouve
surtout ce minéral dans le sud de l'Espagne, où il est extrait
et transformé en pigments depuis l'antiquité. Cette couleur a
été utilisée pour les fresques de Pompeï, et au début de la
renaissance elle était combinée au Lapis-lazuli et à l'or, pour
créer, entre autres, les icônes de l'École de Sienne.
Le processus
d'extraction et d'élaboration du minéral était très coûteux, et
c'est pourquoi il était naturel, comme pour beaucoup d'autre
couleurs à travers les âges, de rechercher un substitut.
Dans le monde arabe, on trouve dès les VIIème et VIIIème siècles
du cinabre rouge synthétique : un mélange de mercure et de
soufre pulvérisé et calciné à 600 °C. On obtenait ainsi un
pigment rouge uniforme, qui était utilisé notamment dans
l'artisanat d'art.

En plaçant plusieurs morceaux de cinabre naturel, à la couleur
rouge foncée, les uns à côté des autres, et les étudiant sous
tous les éclairages, du grand soleil à l'ombre la plus épaisse,
j'ai pu observer comment les facettes rouges et lumineuses
éclairées se reflètaient sur celles qui étaient ombragées :
Celles-ci prenaient des tons plus riches et charnels qu'une
simple surface éclairée indirectement.
On peut obtenir ces nuances rouges par le mélange, ce que je
fais concrètement en mélangeant le cinabre synthétique à
d'autres couleurs. Pour avoir une couleur logique et claire, je
la mélange par exemple à du blanc, du jaune, de l'ocre rouge ou
du carmin, selon que je désire la réchauffer ou la refroidir.
Ensuite, j'applique mon rouge sur, par exemple, un vert froid,
un jaune citron ou une autre couleur, pour donner de la vie au
rouge. Mais jamais du rouge sur du rouge, car dans le monde de
la couleur, ce serait la mort certaine.
Uffe Christoffersen
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